L'Europe peut-elle sortir de l'Histoire ?
Posée ainsi, la question paraîtra excessive. Depuis la déclaration Schuman du 9 mai 1950,
le continent a fait de la réconciliation une méthode, et de la démocratie une référence observée bien au-delà de ses frontières. Le monde a pourtant changé de rythme, et ses transformations vont plus vite que les institutions chargées de les accompagner. Les grandes puissances sont revenues au premier plan, et avec elles le rapport de force comme langage ordinaire des relations internationales.
Le multilatéralisme, que les Européens avaient largement contribué à bâtir,
est contesté jusque dans ses principes.
Les modèles autoritaires gagnent du terrain et se présentent volontiers comme plus efficaces que les démocraties, plus rapides à décider, moins exposés au doute. Face à ces bouleversements, l'Europe recule. Ses
divisions internes et ses fragilités structurelles limitent sa capacité à agir ensemble, au moment précis où l'on attend d'elle qu'elle le fasse.
C'est par la question du leadership que Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre,
propose d'aborder ce moment. Si le mot est familier, sa réalité l'est sans doute moins. Les peuples attendent de ceux qui les gouvernent qu'ils incarnent une direction et qu'ils exercent une autorité, surtout lorsque le temps se durcit. Ce besoin a pourtant son revers, à travers la concentration du pouvoir, dont les démocraties ont appris à se garder par l'équilibre des institutions. Tenir ensemble ces deux exigences, sans sacrifier l'une à l'autre, est au cœur de sa réflexion. Le
leadership ne s'exerce d'ailleurs pas partout de la même manière. D'une région du monde à l'autre, la conception du pouvoir, de sa légitimité et de son rapport aux citoyens diffère profondément. Comprendre ces écarts aide à lire les équilibres qui se dessinent aujourd'hui, et à mesurer ce qui distingue le modèle européen de ceux qui prétendent le remplacer.
Reste la question qui nous regarde directement. L'Europe peut-elle se doter d'un leadership qui lui soit propre, fondé sur ce qu'elle est plutôt que sur l'imitation de ses concurrents ? Et quelle place la France peut-elle tenir dans cette réflexion, elle qui a si souvent porté l'initiative européenne ?
« Histoire & perspectives géopolitiques », le cycle de conférence 2026-2027 de l’Institut Ozanam
L’Europe : quel modèle politique, institutionnel et diplomatique dans un monde en reconfiguration ?
Depuis plusieurs années, les principes internationaux mis en place en 1945 semblent à la fois déconsidérés, inadaptés aux réalités nouvelles et en profondes recompositions. Déjà, dès le début de la guerre froide, l’ONU, instance garante de la paix mondiale et de la sécurité collective avait, on l’avait vu, très vite perdu de sa substance. Au moment de la chute du mur de Berlin et du monde communiste au début des années 1990, les espoirs d’un nouvel ordre international s’étaient vite heurtés à la réalité d’un monde pluriel.
Les principes de sécurité collective, d’Etat de droit, de dialogue, de démocratie, de subsidiarité qui caractérisent l’Europe et l’Occident de manière générale après 1945, semblent être attaqués de toutes parts. Le retour des empires et de la force semble déconsidérer les grands principes que l’Europe avait patiemment réussi à imposer.
Dans un monde où la Russie de Vladimir Poutine avance ses pions sur les territoires de l’ancien empire russe et soviétique, où la Chine cherche à imposer un modèle économique et politique alternatif et où l’Amérique de Donald Trump remet en cause les liens atlantiques et redonne de la force au principe du « deal », comment l’Europe qui représente aujourd’hui moins de 10% de la population mondiale, peut-elle encore faire entendre sa voix et rendre son modèle attractif alors que sa propre population est de plus en plus rétive à son mode fonctionnement ?
Les clés de compréhension et de réflexion se trouvent dans l’histoire – notamment dans celle des idées et des mouvements politiques – mais aussi dans le processus de la construction européenne, de son organisation institutionnelle, de sa diplomatie et de sa défense. L’Europe est-elle encore un modèle, les Européens pensent-ils encore avoir quelque chose à dire au monde ?
Prochaines conférences :
- Jeudi 3 décembre 2026 : L’Europe face à son histoire – « Anatomie du fascisme italien : un programme de révolution culturelle », avec Lucien Jaume, Normalien, agrégé de philosophie, docteur d’Etat en science politique (1987), actuellement directeur de recherche émérite au CNRS et au CEVIPOF (Sciences Po)
- Jeudi 4 mars 2027 : Géopolitique et économie – « Le rôle des banques centrales » (en partenariat avec la Fondation Valéry Giscard d’Estaing), avec Jean-Claude Trichet, Membre de l’Institut, ancien Président de la Banque centrale européenne (2003-2011), gouverneur de la Banque de France (1993–2003)
- Jeudi 1er avril 2027 : L’Occident face au retour des empires, avec Jean-François Colosimo, Historien, théologien, essayiste et directeur général des Éditions du Cerf
- Printemps 2027 (date à venir) : Séance académique et remise des diplômes de la première promotion du Bachelor – « Le XXIe siècle au prisme des grands modèles géopolitiques », avec Martin Motte, Historien de la stratégie et la géopolitique, est directeur d’études à l’EPHE